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La cigarette tue…

Cette semaine, la 25e journée mondiale contre le tabac devait rappeler que “Dieu n’est plus ce fumeur de Havane” qui avait dit à Serge Gainsbourd que la fumée envoyait au Paradis… Chaque année, la cigarette tue plus que le paludisme, plus que le sida, plus que la guerre, plus que le terrorisme… Plus de cinq millions et demi de vies emportées prématurément chaque année. Cent millions de morts au XXe siècle ; sans doute un milliard pour le siècle en cours. Oui, comme l’écrit l’historien américain Robert Proctor, “La cigarette est l’invention la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité ». Et en France : «le tabac tue chaque année 60 000 personnes. Cela représente le crash d’un avion de ligne chaque jour. 1,2 million de morts au bout de vingt ans. A chaque génération, le tabac nous inflige une saignée comparable à celle de la Première Guerre mondiale.»…

“La cigarette, c’est l’archétype du plaisir parfait : c’est exquis et cela laisse toujours insatisfait”… écrivait Oscar Wilde… Car malgré plus de 40 ans de politiques publiques de lutte contre le tabagisme, les chiffres sont toujours inquiétants… Six mille milliards de cigarettes sont consommées chaque année dans le monde et le tabagisme regagne du terrain… Le marché français du tabac a progressé de 30% entre 1999 et 2009….. Le nombre de fumeurs a augmenté entre 2005 et 2010 de 31,8% à 33,6%, un fléau qui touche désormais les femmes, les jeunes et les pauvres…

Alors pourquoi fume-t-on encore ?

Parce que fumer est un langage

La gestuelle du fumeur peut être pensive, ironique, érotique, agacée, rageuse… « J’adorais dessiner des volutes élégantes, raconte Florence, 44 ans, professeure de français. La cigarette représentait bien plus qu’un accessoire. Comme mes cheveux longs, elle faisait partie du regard que je porte sur moi. » Fumer correspond à une identité patiemment forgée, souvent depuis l’adolescence. On a fumé pour devenir soi. Plus le fumeur a commencé jeune, plus il lui est difficile de s’imaginer sans tabac, car il s’est construit en partie avec son aide.

Parce que la cigarette est une amie

« Telle une amie intime, elle était toujours prête à partager les bons moments ou à m’offrir un brin de réconfort. », se souvient Marie, 51 ans, secrétaire de direction.
Ennui, incertitude, stress, vague à l’âme… La cigarette a réponse à tout. « Elle aide à combler les manques, à affronter d’innombrables situations », résume Robert Molimard. Elle agit comme une sorte de « doudou », ou comme un talisman, autour duquel le fumeur instaure un rituel immuable, rassurant.

Parce que c’est une respiration

Dans un emploi du temps surchargé, s’en « griller une petite » reste parfois le seul moyen de « souffler ». Paradoxalement, le fumeur est quelqu’un qui s’autorise à respirer amplement. Le côté « oral » du tabagisme, cette succion proche de la tétée, a beaucoup été commenté, mais la respiration, elle, a été oubliée. « Or on se fait une violence inouïe en ingérant du poison par le principal système de survie de l’organisme, assène Chaby Langlois. Ce faisant, on s’habitue à associer cette substance au souffle, qui est le symbole même de la vie ! »

A qui la faute ?

A l’inconscience persistante des consommateurs ? Au manque de coordination et de sévérité des politiques publiques, ou aux industriels du tabac qui, depuis des années, en toute impunité, déversent leurs dollars pour mettre en oeuvre tous les moyens de propagande et d’instrumentalisation du doute scientifique afin de retarder la prise de conscience des ravages de la cigarette… Et inventent tous les procédés chimiques possibles pour nous rendre toujours plus dépendant de l’Allumeuse…

Arrivé à un certain âge, la tentation est grande; on a envie de défier les parents, se sentir indépendant, faire comme les autres, se donner un « genre », … La plupart d’entre-nous a déjà essayé mais fort heureusement on ne devient pas tous accros. « D’où vient la dépendance, c’est physique ou psychologique ? » Pour faire simple, la nicotine est une molécule qui se fixe sur les cellules nerveuses et libère une hormone appelée dopamine dans une zone précise du cerveau. Comme l’alcool, le cannabis ou la cocaïne, la nicotine est une drogue qui procure une sensation de plaisir que le corps cherche à retrouver. Au total, plus de 4 000 substances constituent la fumée de cigarettes, dont plus de 60 classées cancérigènes. En voici quelques-unes à vous faire pâlir d’angoisse : de l’acétone qui est un dissolvant, de l’acide cyanhydrique qui était employé autrefois dans les chambres à gaz, du monoxyde de carbone qui sort des pots d’échappement de nos voitures, de l’insecticide, de l’arsenic.

Mourir ou… mourir (tu choisiras)

Malheureusement, certains ne se souviennent pas des conséquences associées à leur propre arrêt du tabac, mais se rappellent les rares bons moments qu’ils croyaient avoir avec leurs cigarettes.

« En réalité, le fumeur est coincé entre deux peurs mortelles : celle du cancer et celle d’arrêter de fumer”

Rationnellement, le fumeur se persuade qu’il lui faudra bien sauter le pas, mais il le fait sur un mode négatif : « Je ne dois pas fumer pour ne pas développer de terribles maladies. » Or il existe une tout autre façon d’aborder la question, positive, dynamique et, surtout, plus efficace : « En arrêtant, on se fait du bien sur un plan très intime car on améliore le mode de communication avec soi-même. C’est un énorme cadeau ! »

Quel que soit le type de sevrage envisagé, rares sont les spécialistes ayant compris l’importance du travail sur la personnalité du fumeur. Les chercheurs commencent tout juste à se pencher sur la question. C’est le cas du Britannique Robert West, professeur de psychologie au University College of London . Selon lui, ceux qui réussissent leur sevrage à long terme se décrivent dès les premiers jours comme « non fumeurs », quand les autres disent qu’ils sont « en train d’arrêter ». « Les premiers quittent la cigarette comme on devient végétarien, parce que cela correspond à ce qu’ils sont déjà devenus », décrypte le psychologue.

Peu à peu, l’ex-fumeur va prendre plaisir à habiter ces espaces autrefois parasités par le tabac. « Les stagiaires me demandent souvent ce qu’ils vont mettre à la place de la cigarette. Je leur réponds : “Un peu plus de vous” », sourit Chaby Langlois. Un travail intérieur indispensable, qui figure rarement dans les conseils adressés aux fumeurs. Pourtant, il mène avant tout à davantage de liberté. Au-dehors comme au-dedans.

Podcasts 🎧

Sur BelRTL, nous avons parlé de ce sujet.
Découvrez les extraits : Faut qu’on en parle du 31/05 : la chronique!

Ressources à consulter

Compilations des meilleures publicités contre le tabac : https://www.danstapub.com/compilation-publicite-anti-tabac-cigarette/