#ManWorldFond

C’est en critiquant l’une des photos du magazine Vicious Viper que la formule m’est apparue : “ce mannequin a l’air au bout de sa vie. Pourquoi cette tête de rabat-joie ?” Et puis, quelques secondes après cette question, je me suis dite : “mais c’est un homme!”
Je suis restée totalement aphone (ce qui m’arrive plutôt rarement) devant cette évidence : non seulement il était laid et dépressif, mais en plus, il n’avait plus rien d’un mâle. ça fait beaucoup pour une personne, vous ne trouvez pas?

Comment a-t-on pu en arriver là?

On s’inquiète de la disparition des ours polaires (plus mignons que ce jeune homme, certes), de la pêche au thon (si, je n’ai même pas honte), de la montée de la xénophobie, qui sont, pour moi, des causes essentielles.

Mais s’intéresse-t-on assez à la disparition du mâle tel que nous l’avons connu?

Marlon Brando – Streetcar named desire

 

Existe-t-il une association de défense du mâle en péril ? Une association, un peu comme la WWF, qui fait de la sensibilisation aux dangers de la disparition de cette composante essentielle de l’écosystème.
On pourrait l’appeler la « MWF » Man World Fond, réhabilitant tous ces hommes en perte d’identité, à impliquer les femmes dans la rééducation de l’homme (l’ex-connerie non incluse), une sorte de hard-reboot pour le reprogrammer selon ses instincts.

Seulement voilà, souhaitons-nous vraiment la réhabilitation de TOUS les instincts ? By the way, savez-vous de quels instincts parlons-nous? Les #metoo et #balancetonporc ont-ils achevé toute velléité du mâle en leur volant leur “virilité”?

“J’ai le droit de te dire que je te trouve jolie”? me demandait encore Karim, 51 ans.

Combien de fois faut-il répondre à cette question ? Sans évoquer le droit d’importuner (#nimportequoi), ni un puritanisme hygiénique qui nous pourrit la vie à tous. Tu as le droit de me trouver jolie et de me le dire. En faisant preuve d’empathie, tu devrais ressentir là où se termine la flatterie et la galanterie, et là où le respect commence. Oui, c’est difficile, mais personne n’a dit que la vie était facile.

Pourtant, en échangeant avec de nombreuses femmes, elles se sentent toutes autant perdues face à leur idéal qui reste le même. “J’ai rencontré un bel homme sur Tinder, mais ce qui m’a motivé à le rencontrer, c’est qu’il m’a dit lire du Kundera”. Vanessa, 39 ans. Un beau philosophe, fragile et fort à la fois. Plus les choses changent, moins elles changent?

“Quand un homme me plaît, je l’accoste. Aucun complexe à lui dire qu’il me plaît !” affirme, Stéphanie, 41 ans. J’en reste perplexe, moi qui ai connu des techniques de drague bien plus fines “Une femme drague par son regard. Elle cherche le contact jusqu’à ce que l’homme comprenne qu’il peut venir lui parler” me conseillait Michelle. Il y’a quelques années, Adam, 45 ans, me confirmait pourtant : “Je pense que cela fait plaisir à un homme d’être abordé, pour autant, tout lui enlever peut le brimer”. Me voilà bien avancée…Un excès de langage, de velléités et de reproches, serait-il à l’origine de cette inquiétante mélancolie du mâle ?

Mais revenons à la question de ces instincts «Car l’instinct de l’homme est mauvais dès sa jeunesse (Genèse 8-21à note bas de page).” Si si, c’est bien sur ce terrain que je vous emmène : l’exploration via les textes bibliques de la question des instincts. On parle d’ailleurs couramment de “bas instincts”. Qui oserait prétendre que ces textes n’ont pas façonné notre regard sur les rapports hommes/femmes? Des siècles de conditionnement sont probablement ancrés dans notre ADN.

«Vers ton homme ton désir, et il te gouvernera. » 

(trouvera exemple en toi – Genèse 3-16)

Dans le contexte du péché originel, Adam (l’homme) croque le fruit défendu, sans réfléchir ni intellectualiser, mu par des instincts et des pulsions sur lesquels il semble ne pas avoir d’emprise. Eve, en revanche, a bien pris le temps d’examiner le fruit avant de décider sciemment de le goûter. L’homme est dépeint ici comme un être impulsif que la femme doit presque protéger de ses propres instincts en ayant une conscience plus élevée et ainsi, une plus grande responsabilité de ses actes. D’où une plus grande sévérité à l’égard de l’écart féminin…elle sait, tandis que pour l’homme, il s’agit plus d’un “pardonnez-leur, ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient”.

La femme est ici idéalisée, un modèle pour l’homme, une exemplarité et une noblesse qu’il convient presque de protéger de regards concupiscents et mal intentionnés.

“Jouir avant de posséder voilà l’instinct de l’homme : posséder avant de jouir voilà l’instinct de la femme.”

Antoine Fabre d’Olivet / Histoire philosophique du genre humain.

Une vision plutôt manichéenne du genre – un presque enfermement qui a probablement contribué à l’éclatement des repères masculin/féminin.

La Mélancolie du Mâle tient-elle vraiment à cette virilité arrachée ou à un vilain virage qu’il convient de corriger sans pour autant toucher aux fondamentaux?

La vérité se tient sans doute de l’ethnologue et anthropologue Françoise Héritier :

«Le point aveugle de l’anthropologie se situe dans le questionnement du statut du masculin… et plus précisément du masculin adulte… la virilité adulte dont on ne parle pas.»

Sa thèse ? Imposer d’un côté féminin uniquement une vision du monde n’amènera pas la paix des genres mais exclura l’homme du processus de changement. Le changement de cette vision unique du monde, des rapports et caractéristiques imposées, nuisent tout autant aux hommes qu’aux femmes “un homme est fort, ne pleure pas, travaille sa terre pour nourrir sa famille, accepter la part de féminité en soi, etc.”.

Si le changement est bénéfique à tous, il sera probablement plus durable et moins douloureux.